« Le Via Crucis de Liszt est une musique de l’intérieur – parfois, on a besoin de la voir pour l’entendre.

Ici, point d’effets dramatiques qui rythment le récit et t’emportent comme dans les Passions de Bach. Peu de paroles, peu de personnages. Seul l’infini de la musique accompagne le chemin.

Le soliste, personnage du Christ, apporte sa présence plus que son Verbe : il délivre les mots essentiels. Le choeur – interjections brèves et violentes des voix d’hommes, voix de femmes à l’austérité splendide, chorals en lamentations suspendues – ponctue et commente ; ce n’est pas non plus le personnage principal. Le titre de l’oeuvre – Via Crucis , chemin de croix – et l’hymne grégorienne, Salut à la Croix , sont le cadre posé. Au centre de la scène, le piano, instrument de Liszt, instrument de bois. Arbre de vie ou cercueil, piano ou Croix, le bois est le personnage principal, au coeur de l’oeuvre de Liszt.

Dans cette résonance se déploie la peinture de Christophe Hohler :
visages sans regards, foules sans bouches,
des dos pour le fardeau du monde,
des hommes qui sont des arbres,
des arbres qui sont des hommes.
Une étreinte au centre,
sa force, sa douleur.

Couleurs et chromatismes,
silhouettes,
rythmes,
pleins et vides.

Écouter la musique de Franz Liszt, regarder la peinture de Christophe Hohler, pour au final entendre la peinture, voir la musique, toucher notre humanité. Voilà l’espoir du bois et de notre rendez-vous de la Voix. »

Catherine Bolzinger

« Mercredi 8 avril au soir, au Temple Neuf à Strasbourg, le Chœur philharmonique de Strasbourg de Catherine Bolzinger faisait entrer en résonance Via Crucis de Liszt avec des toiles de Christophe Hohler pour une expérience intérieure forte.
Le pari de Catherine Bolzinger est de mettre en espace cette page sacrée créant bien souvent de saisissantes saynètes pétries d’une dramaturgie intérieure réussie.
Extrêmement bien préparés, les chanteurs se glissent avec une belle maîtrise et avec grâce dans une partition austère frôlant parfois l’atonalité, où le silence fait coprs avec la musique.
Au piano, Inga Kazantseva évite la tentation de l’emphase toujours présente lostqu’on joue Liszt. Dans le rôle de Jésus, on retrouve le solide baryton Damien Gastl. Mais le coup de génie de l’affaire demeure l’idée de faire entrer la musique en résonance avec les toiles de Christophe Hohler exposées dans le Temple Neuf (et projetées sur un écran géant). »

Distribution :

Chœur philharmonique de Strasbourg
Damien Gastl, baryton
Inga Kazantseva, piano
Catherine Bolzinger, direction
Christophe Hohler, peintures

Photos : Pascal Bastien

 

X
X